Commencer le bivouac hivernal : les conseils de Christophe Dumarest

 

Tendance de fond chez les alpinistes et « riders », le bivouac hivernal est plus que jamais synonyme de dépaysement et de liberté. Installer son propre camp de base, même dans un massif de proximité, étant particulièrement plébiscité depuis l’arrivée de la pandémie. Mais attention, pendant la saison hivernale, les règles induites par le froid, les journées courtes et l’épaisseur de la neige imposent une logistique particulière. Christophe Dumarest, athlète, guide et conseiller technique de Samaya révèle les trucs et astuces pour réussir son bivouac, même dans les conditions les plus rigoureuses.


Nous sommes nombreux à rêver d’un voyage givré en altitude, vers une destination proche ou lointaine, pour une ou plusieurs nuits sous les étoiles. Reste à bien l’organiser. Loin d’être rébarbative, cette phase, qui relève de la stratégie, participe à l’ascension dans sa phase amont : elle tend à maximiser deux facteurs clés – la sécurité et le confort – qui permettront de parvenir à la réalisation des objectifs escomptés.
Une fois le matériel réuni et la première nuit passée, il est probable que d’autres suivront très vite dans la foulée… La neige a cela de magique qu’elle permet de transformer radicalement la perception d’un paysage que l’on croyait pourtant familier. Même sans aller très loin, le contraste est radical. Le bivouac hivernal est une source inépuisable d’émerveillement. Une expérience unique, susceptible de s’inscrire verticalement sur la frise du temps.

On ne transige pas sur la qualité du matériel.


En été déjà, l’expérience de la solitude, du silence et de la beauté brute façonnent le souvenir d’une nuit passée sous les étoiles. Ce souvenir nocturne contemplatif prend souvent le pas sur celui de l’action de la journée en montagne. Que dire en hiver, lorsque l’aventure réside d’abord dans le simple fait de dormir dehors ?

Choisir et meubler sa tente.

Mais pour un souvenir heureux et intemporel, pas question de faire des compromis sur la qualité du matériel, à commencer par la tente. Il existe des modèles légers, fiables, confortables, mais aussi faciles à monter et à ranger lorsque le vent, le froid et la neige s’invitent. Véritables « chambres avec vue », ces produits permettent de se concentrer sur l’essentiel et de jouir de toute l’intensité du bivouac hivernal.
Pour meubler votre nouvelle chambre, gardez en tête que le tapis de sol, trop souvent sous-estimé au profit du duvet, est le garant de la qualité de votre sommeil. Plus il sera performant et isolant, meilleure sera la nuit.

Au-delà du confort, certains outils liés à la sécurité peuvent être détournés lors de l’installation de votre bivouac.
Essentiel à la sécurité – à partir du moment où vous mettez le pied dehors dans ou au pied de pentes neigeuses de plus de 30°, votre kit DVA « Détecteur Victime Avalanche », pelle, sonde peut également vous servir pour installer votre tente. La sonde, pour vérifier que le terrain soit exempté de crevasses et la pelle, pour construire un muret ou creuser une fosse à froid.

Le tapis de sol, trop souvent sous-estimé au profit du duvet, est le garant de la qualité de votre sommeil.

Ne lésinez pas sur la qualité du réchaud.

Parmi les équipements du bivouac hivernal, le réchaud occupe une place centrale. C’est lui qui vous permettra de faire fondre la neige en eau.
Il existe deux grandes familles de réchauds. Les réchauds à essence et les réchauds à gaz.

A essence, ils sont considérés comme plus économiques et le carburant est plus facile à trouver à l’étranger. Ils sont également plus facilement réparables et fonctionnent très bien par grands froids. Et même s’ils présentent une bonne résistance au froid, ils se révèlent néanmoins plus salissants, moins fiables et finalement moins pratiques.

A gaz, ils sont plus simples d’utilisation, extrêmement légers et présentent le meilleur rendement. Un rendement qui chute rapidement avec les températures basses. Réchauffer la bouteille avant utilisation est nécessaire et préférer les mélanges butane/propane ou encore mieux isobutane/propane pour des utilisations hivernales.

En contraste avec l’été, il est impératif d’augmenter largement la quantité de combustible. Le froid ainsi que les besoins en eau et en plats chauds bouleversent les références établies par temps estival. Une mini planchette ou mieux une petite housse en mousse autour des cartouches de gaz augmenteront sensiblement leur performance. Moins les cartouches de gaz seront froides, plus elles seront performantes. Certaines absides proposent ainsi des accroches de suspension pour les réchauds, ce qui reste le meilleur moyen de gagner en isolation.

Enfin, en cas d’itinérance longue ou d’engagement important, un réchaud de secours peut être utile, ainsi qu’un second briquet. Comme pour votre smartphone et vos batteries, conservez-les contre votre poitrine.

Bien s’habiller, de la tête aux pieds.

Préférez des sous-couches chaudes en laine mérinos pour associer chaleur et confort, mais également de la plume pour le haut et si possible pour le bas, car le froid vient des pieds, de la tête, mais aussi des jambes.

Des gants de tailles différentes et de rechange, vous permettront d’appréhender l’échelle des températures sans perdre en dextérité. Il en existe en soie qui peuvent être conservés en permanence ou des mitaines qui se transforment en moufles en cas de nécessité. Les gants en laine conservent la chaleur même mouillés, mais ont beaucoup de mal à sécher ; ils sont de ce fait de moins en moins plébiscités. 

 

Pour un camp de base 5 étoiles : de l’installation à la contemplation.

L’installation du camp de base s’inscrit dans le savoir-faire millénaire des pionniers. C’est aussi tout un pan de la culture himalayiste qui s’invite au cœur des Alpes. A l’heure où le cheminement prend autant de valeur que l’ascension elle-même, le bivouac hivernal se pare de nouvelles lettres de noblesse, y compris pour les meilleurs « riders » de la planète qui semblent de plus en plus séduits par le sens et l’histoire associés à leurs descentes. 

Trouver le bon emplacement.

L’emplacement du camp de base doit être un coup de cœur, mais également un havre paisible permettant de dormir en toute sérénité. Les risques objectifs liés aux bas des pentes, aux pieds des falaises ou aux creux trop marqués sont bien évidemment à prendre en compte.
Sur glacier, il est préférable d’être encordé, le temps de sonder le terrain afin de s’assurer qu’il est exempt de crevasses. Vos skis vont vous permettre de tasser le terrain, plat si possible et suffisamment large pour pouvoir haubaner la structure et vous permettre de vous déplacer confortablement autour. 

Installer votre bivouac.

Si votre tente n’est pas à l’abri du vent et si les prévisions météorologiques l’imposent, il peut être judicieux de construire un petit muret, de recouvrir les jupes de neige et d’haubaner sérieusement avec bâtons, skis ou broches à glace. Assurez-vous toutefois que le sol ne va pas geler pendant la nuit ce qui rendrait leur extraction difficile au démontage.
Une fois le vestibule additionnel installé, prenez encore le temps de creuser une fosse à froid à l’entrée pour piéger l’air glacé (qui migre vers le bas) et gagner ainsi quelques degrés intérieurs. Cette cavité améliorera confort et habitabilité au moment de rentrer, de vous équiper, mais aussi de cuisiner.

Protégez-vous du froid.

Le froid vient du sol. En plus d’un épais tapis de sol, certains renforcent l’isolation avec un sac à dos vidé, des cordes et tout ce qui permet de couper du froid venu du bas. Veillez aussi à l’aération et à la ventilation, essentielles pour prévenir la condensation et donc le givre à l’intérieur de votre tente et assurer le bon renouvellement de l’air durant la nuit. 

Mettez de l’ordre.

Un peu d’ordre et de méthode évitent la dispersion de l’équipement et contribuent à bien préparer la journée du lendemain. L’abside permet de ne rien laisser à l’extérieur la nuit, y compris casques, piolets et crampons. Ils pourraient soit s’envoler, soit être ensevelis. La nuit, les chaussures sont au chaud dans la tente et tout ce qui ne doit pas geler restera à l’intérieur du duvet. Gaz et bruleur peuvent être « réchauffés » le matin quelques minutes avant utilisation. Le seul moyen de faire sécher gants et autres chaussettes consiste à les conserver au plus près de la peau, non loin des premières couches et ce durant toute la nuit. Enfin, au moment de vous coucher, une bouteille en métal est la meilleure des bouillottes, elle peut sauver de conditions compliquées en vous procurant quelques degrés supplémentaires. 

C’est aussi tout un pan de la culture himalayiste qui s’invite au cœur des Alpes.

Une fois le lieu du camp de base choisi, la tente montée et le matériel en place, que reste-t-il à faire ? Rien si ce n’est vous (re)connecter à la nature. La tente est cet outil symbolique qui permet de passer de l’action à la contemplation, un véritable luxe pour goûter à un autre rapport au temps. Levez la tête, votre tente « cinq étoiles » est installée sous un ciel de plusieurs milliards d’étoiles. 

Ça y est, vous y êtes.

Renouez avec l’essentiel.


La pratique de la montagne a la vertu de marquer les contrastes et d’insuffler une vision plus juste et parfois plus consciente d’actions simples qui, « en bas », relèvent de l’automatisme. Manger et boire en altitude sont toujours attendus avec impatience. Le plus souvent au travers d’une faim tenace et d’une soif dévorante, les sensations associées à ces besoins vitaux n’ont rien à voir avec celles ressenties dans la vallée.

Pensez à boire, et boire encore.

Il est conseillé de toujours conserver de l’eau en réserve et de faire fondre la neige dès que possible. A l’intérieur de la tente, les récipients et autres bouteilles ne devraient pas geler. Un grand sac étanche est utile pour stocker de la neige en quantité sans avoir à se déplacer constamment. Le sac de compression de votre tente peut servir à cet effet. Boire chaud avant de se coucher permet de compléter l’hydratation souvent déficiente en montagne, mais aussi d’augmenter la chaleur interne au moment de s’allonger. 

Mangez riche, salé et sucré.


La consommation calorique qui s’associe au froid et à l’effort est importante. Avec la baisse des températures, ce sont les aliments riches, bien salés et assez sucrés qui sont appréciés. Les lyophilisés simples, à base de purée, à cuisson rapide, sont davantage plébiscités que ceux aux goûts trop complexes et trop épicés.
Bien que sommaire, la préparation de plats déshydratés peut être ratée. Pour éviter cela, l’eau doit être bouillante et le plat conservé bien fermé, au chaud, à l’intérieur de votre doudoune.
Des extras – végétariens ou pas, à base de lait ou pas, sucrés ou salés – seront par ailleurs les bienvenus et auront un impact direct sur votre bonne humeur ! 

En altitude, bien dormir est essentiel pour être pleinement opérationnel et augmenter sensiblement ses chances de réussite en cas d’ascensions ambitieuses.

« Quelque beau que soit le jour, la nuit vient à son tour »

Une bonne tente, un matelas confortable et un duvet adapté sont les clés d’un repos de qualité. En altitude, bien dormir est essentiel pour être pleinement opérationnel et augmenter sensiblement ses chances de réussite en cas d’ascensions ambitieuses.

Synthèse entre rigueur et intensité, le bivouac en conditions hivernales prend une dimension supplémentaire. La vie dehors a cette faculté de nous replacer à notre juste place et impose une saine humilité. Face à la perception de l’immensité, particulièrement prégnante en hiver, l’émerveillement s’impose et offre une passerelle puissante qui connecte au bonheur de l’instant présent.

De ces expériences naît la gratitude. Peut-être une nouvelle porte vers le paradis terrestre. Loin du discours ambiant invitant à accumuler sans cesse et à consacrer son énergie à des actions quantifiables, nous pensons en « conquérants de l’inutile » que dédier son temps et son talent à des ascensions, aussi belles que futiles, est indispensable.

« Ascensionner, sentir, écrire », telle est la formule du pyrénéisme qui rappelle que sans récit, il n’y a pas d’aventure. Comment ne pas partager les petits éclats de lumière et les enseignements glanés au détour des sommets ? Et parce que nous pensons aussi chez Samaya qu’imaginer, pratiquer et partager sont les trois versants d’une même montagne, nous consacrons toute notre énergie à rêver, agir et le faire savoir. Vous voilà mis en garde, aller bivouaquer dès cet hiver peut entraîner une forme de dépendance. Après votre première nuit sous les étoiles, Samaya décline toute responsabilité si vous avez envie de recommencer…

 

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